Questions - réponses sur l'espéranto

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Réponses à quelques lieux communs ou préjugés sur l'espéranto

Quelques éléments de grammaire espéranto

Grammaire de l'espéranto

 

Quand le voyez-vous langue internationale ?

       L'espéranto est déjà une langue internationale, puisqu'il est parlé dans le monde entier.

       Le nombre de locuteurs est très difficile à estimer, de même qu'il serait difficile d'estimer le nombre de joueurs d'échecs : tous ne sont pas inscrits dans un club, certains font des compétitions, certains enseignent, d'autres jouent à des niveaux très différents, aussi bien en club qu'en famille. Il en est de même pour une langue, où le problème et accentué par l'imprécision de l'expression "parler une langue", relativement au niveau de compréhension et d'expression.

       Et quelles sont les trois seules langues dans lesquelles se tiennent des rencontres internationales ? L'anglais, le français et l'espéranto.

Extraits de la conférence de Claude Piron à Boulogne-sur-Mer, en mars 2005

       À tout cela s'ajoute l'incapacité de situer les événements dans un déroulement historique. En conséquence, on ignore le concept «pas encore». Ici aussi nous voyons une différence remarquable entre l'espéranto et les autres domaines de l'existence. Il y a bien des champs d'activité où des personnes luttent pour améliorer la vie sociale. Par exemple en ce qui concerne l'égalité entre êtres humains (hommes-femmes, noirs-blancs, couches sociales par rapport à l'égalité des chances), les droits des peuples indigènes, l'équité dans le commerce entre nord et sud, et bien d'autres. Ceux qui luttent pour faire avancer les choses dans ces domaines disent-ils : «Notre combat est un fiasco ?» Non. Ils disent : «Nous n'avons pas encore réussi. Il reste beaucoup à faire».

       En 1700, il y avait déjà des gens qui luttaient pour faire abolir l'esclavage. Mais en 1850, l'esclavage existait toujours. Aurait-il été juste, en 1850, de dire : « L'action pour l'abolition de l'esclavage a échoué » ? Non. L'histoire nous apprend que le seul jugement correct aurait été : «En 1850 la lutte contre l'esclavage n'avait pas encore abouti». Mais jamais dans une discussion sur l'espéranto vous n'entendez dire : «L'action en faveur de l'espéranto n'a pas encore abouti». Comme si la langue n'avait droit qu'à un nombre d'années limité pour conquérir le monde et n'avait pas réussi dans le délai qui lui était imparti. Mais pourquoi un délai ? D'où vient qu'il y ait un délai ?

       L'idée que l'espéranto progresse au rythme des phénomènes naturels, qui se développent de façon exponentielle, ne vient pas à l'esprit des critiques. Dans une croissance exponentielle, la progression est très lente au début, mais elle s'accélère graduellement et à partir d'un moment-seuil elle devient très rapide. Ceux qui doutent de l'avenir de l'espéranto ignorent l'histoire. Pensez par exemple au système métrique. Il a été proposé par l'abbé Gilbert Mouton, prêtre à Lyon, en 1647. Cent deux ans plus tard, en 1767, il n'était utilisable nulle part, car seuls quelques farfelus le connaissaient. Aurait-on eu le droit de dire qu'il avait échoué ? Pas du tout. La suite des événements montre que la seule affirmation correcte aurait été : «Cent vingt ans après son apparition, la système métrique n'avait pas encore eu de succès». De même, cent vingt ans après l'apparition de l'espéranto sur la scène mondiale, on doit faire l'hypothèse que, peut-être, l'espéranto n'a pas encore réussi à s'imposer. Pour autant, d'ailleurs, que « réussir » doive signifier, dans ce cas, «s'universaliser», mais cela, c'est une autre histoire.

       Cette perspective historique peut aider à se débarrasser de la tension entre sentiment subjectif et constatation objective dont j'ai parlé tout à l'heure. On peut choisir de se dire : «J'appartiens à une avant-garde». De fait, ceux qui luttaient pour libérer le monde de l'esclavage ou pour faire officialiser le système métrique avaient raison même durant toute la période où leur action ne donnait apparemment aucun résultat concret, et où on les regardait avec ironie, les traitant d'utopistes. Nous pouvons nous voir dans la même situation. Bien sûr, il est possible que nous nous trompions, mais l'hypothèse selon laquelle nous sommes des pionniers n'est pas moins probable que l'hypothèse opposée si l'on compare avec des efforts comparables déployés au fil de l'histoire.

       ......... je peux confirmer ma façon de voir l'évolution des décennies à venir par des arguments rationnels, fondés sur des faits, arguments qui ne valent pas moins que les arguments de ceux pour qui l'espéranto n'a pas d'avenir. Parce qu'en fait ils ne savent pas plus que moi ce que le futur nous réserve. Mais ce n'est pas à cause de ces arguments que je crois en l'avenir de l'espéranto, seulement en vertu d'une certitude de type mystique, inexplicable, dont on ne peut pas discuter parce qu'elle a ses racines dans mon hémisphère cérébral droit..........

       Oui, notre hémisphère cérébral droit contient, dans sa partie paradisiaque, un énorme potentiel de plaisir et d'énergie. Comme je désirerais que tous les usagers de l'espéranto découvrent et pratiquent l'art d'aller s'y promener ! Et que tous les humains les y suivent. Jusqu'au jour où la bela sonĝo de l'homaro por eterna ben' efektiviĝos.

       (Vers qui termine le poème de Zamenhof "La Espero", «L'espérance» : «(jusqu'à ce que) le beau rêve de l'humanité devienne réalité pour son bonheur éternel»)