Introduction
: qu'est-ce que l'espéranto ?
C'est
une langue étrangère, qui a été
conçue puis publiée en 1887 par
le Dr Zamenhof à partir de diverses langues,
dans le but de proposer à l'humanité
une langue de communication internationale,
largement plus facile à apprendre que
toute autre langue nationale ou régionale,
mais tout aussi précise, et neutre, plaçant
ainsi toutes les langues nationales sur un pied
d'égalité.
Ce
n'est pas simplement une langue de plus parmi
des milliers d'autres, c'est une incroyable
synthèse linguistique, une révolution
(pacifique).
L'espéranto
s'est ensuite répandu dans le monde entier,
s'est développé, son vocabulaire
s'est étoffé tout en respectant
les règles de base.
L'idée
est ancienne : sabirs, volapük etc. De
nombreux grands esprits ont perçu le
besoin d'une meilleure compréhension
entre les peuples, et plus facilement que par
l'étude terriblement ardue d'une ou plusieurs
langues étrangères - lesquelles
parmi les quelque six mille ? (En général
celle de la puissance économique ou diplomatique
du moment.)
On
peut aussi rapprocher du phénomène
qu'est l'espéranto les synthèses
réussies dans le passé : Lomonossov
qui unifia le russe moderne, la mise au point
du swahili, du sanskrit.
En
fait, il faut remonter plus loin encore dans
notre passé, car l'idée est vieille
comme l'humanité, ce que montre bien
le mythe de la tour de Babel rapporté
par la Bible, légende elle-même
inspirée des Sumériens :
Tout
le monde parlait alors la même langue
et se servait des mêmes mots... Ils se
dirent "Allons ! Au travail pour bâtir
une ville, avec une tour dont le sommet touche
au ciel !" Le Seigneur en prit ombrage
et se dit "Les voilà tous qui forment
un peuple unique et parlent la même langue
! S'ils commencent ainsi, rien désormais
ne les empêchera de réaliser tout
ce qu'ils projettent. Descendons mettre le désordre
dans leur langage, et empêchons-les de
se comprendre les uns les autres." C'est
à partir de là qu'il a dispersé
les humains sur la terre entière.
Dans la version babylonienne,
il n'y a évidemment pas un unique Seigneur mais plusieurs
dieux :
S'enorgueillirent
jadis les habitants du grand Babylone et décidèrent de construire
une tour de la terre jusqu'au ciel, d'entrer dans le palais
des Anounnaks, de boire et de manger leur nourriture avec eux.
Ils décidèrent de devenir les égaux des dieux. La tour grandit,
s'élève vers les cieux, les gens se réjouissent. Cela ne fut
pas au gré des dieux. Ils vinrent voir Mardouk et dirent : "Ô
Mardouk, tu es le plus grand d'entre nous, regarde, combien
les gens s'enorgueillissent ! Nous ne voulons pas les voir dans
le ciel, leur place est sur terre, qu'ils y restent ! Aide-nous,
Mardouk !"
Mardouk réfléchit
et jeta un puissant sort sur le grand lac près de Babylone.
On puisait de l'eau à boire dans ce lac, on lavait les corps
dans ce lac. Mais que se passe-t-il ?.. Chacun qui boit ne serait-ce
qu'une gorgée oublie sa langue ; il parle avec des mots incompréhensibles,
les autres ne le comprennent pas ! Impossible de poser une pierre,
d'apporter de la terre, d'édifier les murs ! Le chantier s'arrêta.
Voyant cela, le magicien Shouroukkah tomba à genoux et pria
: "Mardouk, ô Mardouk, pourquoi châties-tu les gens qui
te sont fidèles ? Comment un époux comprendra-t-il son épouse,
comment un fils répondra-t-il à son père, comment les sujets
pourraient-il chanter la gloire de leur souverain ? Rends-nous
la parole, aie pitié!"
La bonne déesse Ishtar
compatit avec eux et pria Mardouk de les pardonner. Et Mardouk
fit en sorte qu'un poisson magique apparaisse dans le lac :
celui qui le mange recommence à parler comme avant, il retrouve
la parole. Les gens louèrent Mardouk, firent de la tour inachevée
un temple à sa gloire, abandonnèrent les pensées coupables.
Ceux qui ne voulurent manger les poissons babyloniens donnèrent
naissance aux autres peuples, parlant des langues étranges et
incompréhensibles.
Ces hommes qui refusèrent
et s'éloignèrent, ne furent-ils pas effrayés
par cette liberté nouvelle qui leur était offerte
? N'y a-t-il pas dans ce mythe originel tout à la fois
le désir, le besoin de se comprendre, mais aussi la crainte
qui nous fait rejeter la solution lorsqu'elle est à portée
de main ?
Zamenhof,
grandi écartelé entre quatre communautés,
quatre langues, se mit au travail avec
l'inconscience de la jeunesse, mais avec une
idée précise de ce qu'il voulait
: une langue de communication beaucoup plus
rapide à apprendre que les autres langues
vivantes, simple, précise, internationale
et qui paraisse familière d'emblée.
Un tel cahier des charges fait penser aux travaux
d'Hercule... Pourtant, il a réussi !
La formule «il
ne savait pas que c'était impossible, alors il l'a fait»
ne pourra jamais s'appliquer aussi bien.
Les
caractéristiques de l'espéranto
: la grammaire, l'orthographe et la prononciation
sont toutes régulières, sans exceptions.
L'accent tonique est fixe. Il n'y a ni conjugaisons
ni déclinaisons.
Si
le vocabulaire est essentiellement grec, latin
et germanique, la structure agglutinante ou
combinatoire est familière et naturelle
pour nombre de langues asiatiques - chinois,
indonésien notamment - pour qui la découverte
que "premier" ne dérive pas
de "un" ou que «mien»
ne dérive pas de «je» doit
être un grand choc culturel, de même
que la découverte des verbes irréguliers
en français ou de la phonétique
mystérieuse de l'anglais qui implique
un énorme effort de mémoire. C'est
en cela que l'espéranto n'est pas si
européen que ses détracteurs le
disent, en tout cas largement moins que l'anglais.
De
même, le système d'affixes - préfixes
et suffixes - choisis par Zamenhof a été
pioché dans diverses langues, lui donnant
ainsi un air familier d'emblée (suffixe
français -et pour "petit",
comme fourche/fourchette, préfixe
re- pour action répétée).
Ce remarquable système d'affixes permet
la dérivation de plus d'une dizaine de
mots à partir d'une même racine.
D'où une étonnante économie
de mémoire qui contribue à une
vitesse d'apprentissage sans commune mesure
avec celle de n'importe quelle autre langue.
L'espéranto
a ensuite été régulièrement
enrichi par ses locuteurs du monde entier (2e
langue pratiquée sur Internet en dehors
de sa propre langue nationale, juste après
l'anglais). Il s'est développé
sans véritable mécène,
sans soutien d'aucun État ou d'aucun
média national (hormis quelques émissions
radio) et sans être la langue d'une religion
ou d'un groupe ethnique, simplement par ses
qualités propres ; c'est une situation
unique dans l'histoire, un véritable
phénomène culturel dont l'originalité
est tout à fait sous-estimée.
Il est parlé par des millions de personnes,
réparties dans le monde entier, et son
apprentissage de base ne nécessite que
6 mois à un an d'étude régulière.
On
estime que son apprentissage est dix fois plus
rapide que pour n'importe quelle autre langue,
à niveau d'expression égal, basic
english inclus, du fait de sa totale régularité
(absence d'exceptions, de conjugaisons, de déclinaisons)
et de l'économie de mémoire (régularité
et dérivation des mots à partir
d'une racine).
C'est
également la seule langue où l'on
puisse accéder à un bon niveau
sans séjours linguistiques, du fait de
la régularité phonétique
(vérifiable en écoutant des émissions
radios italiennes, polonaises, brésiliennes
etc.)
C'est
aussi une langue aux qualités propédeutiques
reconnues, car sa régularité fait
clairement percevoir aux enfants les structures
de base d'une langue : désinences des
substantifs, des adjectifs, des adverbes, complément
d'objet direct et indirect, étymologie
et dérivés des racines etc. De
plus, son étude n'est jamais du temps
perdu, car les mots collent à l'étymologie
et serviront souvent lors de l'étude
d'une autre langue.
Ces
faits ont toujours été confirmés,
par les locuteurs bien sûr, mais aussi
par des rapports indépendants (le
rapport Grin, commandé par le Haut
Conseil à l'évaluation de l'école
- France), par des essais de son utilisation
comme langue-pivot de traduction, des essais
d'apprentissage à l'école primaire,
des correspondances entre élèves
de différentes écoles etc. (voir
aussi le programme britannique "Springboard... to languages")
C'est
une langue reconnue par l'UNESCO, le Vatican,
enseignée dans de nombreux pays, présente
sur nombre de radios.
Déjà
du temps des débuts de l'ONU (Société
des Nations), il avait été proposé
de l'utiliser comme langue internationale. Ce
sont les «grands pays», dont la
France et l'Allemagne, qui ont fait barrage,
préférant favoriser leur langue
; une attitude égoïste mais finalement
naturelle de la défense de sa propre
langue, en l'occurrence le français,
qui a malheureusement abouti au tout-anglais
officieux qui prévaut actuellement à
Bruxelles et dans nombre d'institutions internationales.
L'espéranto
n'est pas parfait, mais nous pensons, avec nombre
d'espérantistes, que c'est actuellement
la plus internationale des langues, la plus
adaptée à une communication mondiale
(qu'elle soit scientifique, politique ou populaire),
une langue régulière, simple et
rapide à apprendre, souple et précise,
neutre, qui place toutes les langues, nationales
ou régionales, à égalité
sans chercher à les remplacer ni les
menacer aucunement. C'est une langue anti-hégémonique
qui respecte la richesse linguistique de chacun,
puisqu'elle tire ses racines, son vocabulaire
de la vitalité des langues nationales
(par exemple actuellement, toute la série
de mots qui concerne Internet, sont dérivés
de ret-, "le réseau").
Nous
n'avons rien contre l'anglais. Peut-être
qu'un jour c'est le chinois qui sera la langue
mondiale, qui sait, mais si l'on admet le besoin,
la nécessité d'une langue internationale,
force est de constater qu'il nous faudra choisir
entre l'anglais ou l'espéranto. Car nous
pensons que le multilinguisme n'est qu'un pis-aller,
une chimère, quand il n'est pas le faux-nez
du tout-anglais... Nombre de partisans du multilinguisme
sont sincères, mais nous pensons que
ce n'est qu'un concept inapplicable et fumeux,
de l'ordre du "y a qu'à"...
Par
ailleurs, l'anglais étant déjà
la langue de la politique, de l'économie,
des publications scientifiques de haut niveau,
et c'est un peu comme si la fourmi disait à
l'éléphant : "Ce sera toi
ou moi !"
Mais si les choses
sont si simples, si l'anglais est déjà la langue
mondiale, d'où vient alors cette persistance d'énormes
bataillons d'interprètes à l'ONU, de services
de traductions incroyablement coûteux, et cette hypocrisie
européenne où l'anglais est la langue de fait,
alors que l'égalité des langues est inscrite dans
les textes fondateurs, et que le multilinguisme est proclamé
à longueur d'articles ?
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