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Argumentaire

Grammaire de l'espéranto

 

Au sujet du glissement du ĥ vers le k

       (A ce sujet, nous nous sommes basés notamment sur deux articles de M. Josef Kavka, scientifique-géologue, ancien rédacteur en chef de la Scienca Revuo, consultables sur Internet pour plus de détails: "La fonemo Ĥ kaj ties transformoj en la internacia scienca leksikologio" et "Pledo por ĥolesterolo".)

       Personne ne met en doute que le phonème ĥ fasse partie des bases de l'espéranto, telles que définies par Zamenhof à sa création dans le Fundamento, cette lettre remplaçant le χ (ĥi) grec.

       Dans son choix initial de racines, il avait accepté une exception: "ĥolero" et "kolero", pour éviter l'homonymie entre choléra et colère, qui ont la même étymologie.

       Cependant, sous l'influence d'espérantistes français, un mouvement de transformation de ce phonème en k s'est amorcé il y a plusieurs décennies, au motif que ce son n'existe pas dans les langues romanes, à l'exception de l'espagnol, et que les populations concernées n'ont pas l'habitude de le prononcer.

       Cela devait être initialement limité aux mots où le ĥ suit le r (ex : archéologie, arĥeologio, arkeologio). On devait également éviter ce remplacement pour les noms propres ou étrangers, ainsi que pour la terminologie scientifique où ce glissement pourrait aboutir à des confusions, des homonymies.

       Mais, progressivement, ce mouvement s'est amplifié, et a également gagné les termes scientifiques courants (cholestérol, cholécystite...)

       Actuellement, certains considèrent même la lettre ĥ comme désuète, et souhaitent sa disparition. Elle est effectivement la moins fournie des dictionnaires espéranto.

       Néanmoins :

       - Le son ĥ, correspondant étymologiquement au χ (ĥi) grec, existe en espagnol (jota), en russe (x), en arabe (kha), en japonais, en grec actuel et en plusieurs autres langues.
       Si ce son peut effectivement être difficile à prononcer pour des Français qui n'auraient pas pratiqué une de ces langues, l'espéranto est une langue à vocation internationale, et un de ses charmes est que chacun y retrouve des éléments familiers, mais aussi des éléments étranges, comme dans toute langue étrangère.
       A trop le franciser, ne risque-t-on pas de le rendre moins international ?

       - L'espéranto est très adapté à la terminologie scientifique, en particulier médicale, par sa régularité, son économie en mémoire, son évolutivité, mais aussi par son respect de l'étymologie, et donc sa clarté. Or, cette tendance à remplacer le ĥ par le k est source de confusion sur la racine des mots, et d'homonymies.
       Exemples : comment distinguer la racine "ĥilo" (chyle, racine gr. khulos, suc) du préfixe "kilo-", si tous deux s'écrivent en espéranto "kilo" ?
       Idem entre les racines "ĥole" (kholê, bile), qui donne "cholécystite", "cholangiome", "cholestérol", etc.... de la racine kola (gr. kolla, colle) qui forme "collagène" et ses dérivés, si on choisit "kolangiomo" et "kolageno" ?
       - Lorsque deux mots en k ont des racines très proches, l'espéranto permet d'avoir à la fois une orthographe et une prononciation différentes, ce que ne font pas toujours les autres langues.

       Pour toutes ces raisons, il nous a paru préférable de garder ce phonème et de revenir à l'étymologie.